Arte diffusera le mardi 24 février 2026 dès 20h55 les documentaires inédits "Giorgia Meloni et le clan des Goélands" et "Économie informelle – Vers l'insécurité sociale ?".
Giorgia Meloni et le clan des Goélands
Comment la néofasciste Giorgia Meloni a-t-elle finalement accédé au pouvoir en 2022 ? De son engagement auprès de jeunes héritiers de Mussolini à la politique sécuritaire qu’elle a mise en place, ce documentaire retrace l’étonnante ascension d’une outsider devenue le modèle des extrêmes droites européennes.
Au début des années 1990, le Mouvement social italien (MSI), parti héritier de Mussolini, met à la disposition d’une de ses sections jeunesse une cave dans les vieux murs du Colle Oppio, l'une des sept collines de Rome. Dans ce lieu presque clandestin, Giorgia Meloni, alors mineure, et ses camarades, refont le monde à l’abri des regards et, inspirés par Le seigneur des anneaux de Tolkien, leur livre culte, vivent en communauté. S'ils se revendiquent de la tradition et du sens de l'honneur des Hobbits, ils baptisent leur groupe le "clan des Goélands" (Gabbiani) – référence à Jonathan Livingston, l’oiseau solitaire briseur de règles du best-seller de Richard Bach.
Ces influences leur permettent de lisser leur néofascisme, dont l’imaginaire est associé à d'encombrantes figures. Convaincus du déclin de l'Occident, ces militants peaufinent peu à peu leur idéologie, qu'ils nourrissent d’une victimisation des activistes d’extrême droite, assassinés par l’extrême gauche ou par la police au cours des années de plomb. En 1998, remarquée par les caciques de l’Alliance nationale (ex-MSI), Giorgia est élue, à 21 ans, conseillère de la province de Rome. En 2008, Berlusconi la nomme députée ministre de la Jeunesse, le début d’une ascension irrésistible.
En septembre 2022, Frères d'Italie, le parti de Giorgia Meloni, arrive en tête des élections législatives avec 26 % des suffrages. Investie présidente du Conseil en octobre, elle met en œuvre un programme conservateur promis aux Italiens pendant sa campagne et très imprégné par un projet identitaire. Elle multiplie les mesures punitives contre les ONG humanitaires, les migrants, les couples LGBTQIA+, les ravers ou les manifestants. Refusant obstinément de se déclarer "antifasciste", cette stratège s’emploie dans le même temps à rassurer ses partenaires européens. Forte de sa longue amitié avec Donald Trump, la première femme présidente du Conseil de l’histoire de l’Italie bénéficie d’un nouvel élan lors de la réélection du magnat américain en 2024, qui la désigne ouvertement comme son interlocutrice privilégiée en Europe. Si elle contrôle déjà l’audiovisuel public et une grande partie du privé, cette dame de fer entend désormais réformer en profondeur les institutions. Justice ou système électoral, Giorgia Meloni est bien décidée à favoriser sa coalition de droite et à renforcer les pouvoirs de l’exécutif, et notamment de son ou de sa chef(fe)... "Si elle réussit, elle est encore là pour au moins dix ans ", redoutent ses opposants.
Économie informelle – Vers l'insécurité sociale ?
Le nombre des travailleurs sans protection ni contrat ne cesse d'augmenter, y compris dans les pays les plus riches. Des Philippines au Royaume-Uni en passant par l'Allemagne et Marseille, ce documentaire part à leur rencontre.
Ils et elles sont ouvrières et ouvriers du textile à Leicester, sous-payés à la tâche, dans les usines souvent clandestines de l'ultrafast-fashion ; routiers sillonnant l'Europe, astreints à des horaires écrasants ; travailleurs du Web aux Philippines, parmi les 1,5 million qui œuvrent pour l'économie des plates-formes dans l'archipel pour 2 à 3 dollars de l'heure… En explorant en parallèle une conférence annuelle de l'Organisation international du travail (OIT) de l'ONU à Genève, ce documentaire part à leur rencontre et analyse l'augmentation de ces emplois sans protection ni contrat qui profitent aux employeurs. Alors que l'OIT, à la fin du siècle dernier, prévoyait que le modèle du salariat protégé allait progressivement s'étendre, c'est le contraire qui s'est produit à la faveur de la mondialisation. Si l'organisation estime que 60 % au moins des actifs de la planète relèvent de cette économie informelle, leur proportion est en réalité impossible à établir précisément. L'interpénétration croissante des deux systèmes, l'informel et le formel, ne fait en revanche aucun doute.