La Cour de cassation a rendu définitive, le mercredi 14 janvier, la condamnation de Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs. En rejetant son pourvoi, la plus haute juridiction a confirmé l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 21 mars 2025, qui le condamnait à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende. Il est désormais définitivement reconnu coupable.
Les faits reprochés concernent l’envoi, entre 2009 et 2016, de messages à caractère sexuel à trois adolescents mineurs. La justice a retenu des demandes de photos dénudées, des échanges évoquant des scénarios sexuels, ainsi que des sollicitations explicites lors d’une audition pour un projet de film qui n’a jamais abouti. La peine a été alourdie en appel par rapport à la première instance.
Outre la sanction pénale, Jean-Marc Morandini est frappé d’une interdiction définitive d’exercer une profession en contact avec des mineurs et demeure inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Il a épuisé toutes les voies de recours en France.
Par ailleurs, l’animateur a également été condamné en janvier 2025, dans une autre affaire, à 18 mois de prison avec sursis pour harcèlement sexuel à l’encontre de jeunes comédiens lors de castings. Un pourvoi en cassation est toujours en attente dans ce dossier.
Considérant comme particulièrement injuste le rejet de son recours par la Cour de cassation et rappelant qu'il n'y a jamais eu le moindre geste déplacé, ni même à fortiori la moindre agression dans ce dossier, Jean-Marc Morandini et ses conseils étudient désormais la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l'Homme.
Malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs, Jean-Marc Morandini reste à l’antenne de CNews. La chaîne a confirmé à l'AFP, mercredi 14 janvier, le maintien de l’animateur à la présentation quotidienne de « Morandini Live », diffusée du lundi au vendredi en fin de matinée : « Jean-Marc Morandini continue son combat pour la justice et il reste à l’antenne sur CNews ». Une décision qui contraste avec les engagements pris par le groupe Canal+ au début de l’affaire, en 2016, qui évoquait un départ en cas de condamnation définitive.
« Morandini Live » a repris complètement normalement jeudi matin sur CNews, comme si de rien n’était.
On assume complètement ce maintient à l’antenne. Jean-Marc Morandini n’est en contact avec aucun mineur à CNews et depuis très longtemps. Depuis septembre, Jean-Marc Morandini fait son émission directement dans les locaux de CNews et d’Europe 1 et c’est très bien fait, il n’est pas au même étage que les stagiaires. L’absence de contact avec les mineurs était une condition depuis 2016 déjà.
Le public décidera. Si les audiences sont fortes, les annonceurs seront là. Ils n’ont jamais été aussi nombreux aujourd’hui. CNews est à l’équilibre opérationnel en 2025, pour la première année.
Ce choix suscite une vive incompréhension du côté des parties civiles et de leurs avocats, rappelant que l’animateur n’est désormais plus présumé innocent. C’est aussi le cas du syndicat autonome de Canal+, +Libres, se désolidarise de la décision de sa direction, dans un communiqué.
Malgré ce contexte judiciaire lourd, CNews assume sa position et indique que Jean-Marc Morandini poursuit son activité à l’antenne, tout en envisageant, de son côté, un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme.
Rien n’oblige juridiquement CNews à l’écarter, malgré la condamnation définitive. Concrètement, plusieurs raisons expliquent son maintien à l’antenne :
En résumé : il reste à l’antenne non pas parce qu’il est innocent mais parce que la loi le permet et que la chaîne l’assume.
Ce maintien à l’antenne fait grincer des dents dans les couloirs du groupe Canal+. Si certains ont évoqué leur droit de réserve pour ne pas commenter l’information, plusieurs salariés de CNews racontent anonymement leur colère, dans Le Parisien.
C’est indéfendable et honteux. C’était l’occasion de s’en débarrasser. (…) En termes d’images, c’est dévastateur pour nous. Comment va-t-on continuer à traiter certains thèmes à l’antenne ? Cela entache les visages de l’antenne de CNews comme la rédaction. On fait un formidable cadeau à nos détracteurs.
Il y a beaucoup de mécontentements. Tous ceux qui se montrent très virulents tout au long de l’année envers les décisions de justice et leurs applications, qui étaient intransigeants envers Pierre Palmade, pensent de même pour Jean-Marc Morandini.
Des salariés espèrent une mobilisation massive, comme en 2016 lors de la reprise d'i-Télé, qui avait voulu imposer Jean-Marc Morandini, déjà entravé par les accusations. Finalement, après un mois de grève, la rédaction d'i-Télé a été décimée par de nombreux départs ; l’actionnaire, Vincent Bolloré, a imposé sa vision des choses, a lancé CNews en la transformant en chaîne d’opinion et a maintenu coûte que coûte à l’antenne un homme condamné pour corruption de mineurs.
Pour d’autres, l’affaire sera vite close : « Dans deux semaines, c’est oublié ! À la fin, c’est aussi le public qui décide. Et il se fiche de cette affaire : mercredi, il était en tête des chaînes info ». Jeudi, au lendemain de la confirmation de la condamnation, « Morandini Live » était la 2e chaîne nationale avec un score habituel : 362 000 téléspectateurs, soit 11,6 % du public et 15 % des CSP+.
Enfin, dans Médiapart, l’une des victimes fait part de son indignation de cette décision.
Désormais, quotidiennement, CNews et le groupe Canal+ donneront la parole et mettront à l’antenne un délinquant sexuel condamné définitivement pour corruption de mineurs tandis que des chroniqueurs et éditorialistes viendront commenter des faits de société comme si de rien n’était. C’est un signal extrêmement préoccupant envoyer aux victimes et à la société dans son ensemble.