Samedi 29 novembre 2025 à 20h55, Arte diffusera la série documentaire inédite « La fabuleuse histoire de l'argent ».
Inventée il y a 2 700 ans, étroitement liée au destin des empires et aux guerres, la monnaie a bouleversé le cours des civilisations. De la Grèce antique à l’Amérique contemporaine en passant par la Chine ancienne et la Révolution française, Frédéric Wilner (Il était une fois le musée du Louvre) décrypte la place qu’elle a joué depuis des millénaires.
Et l’homme créa la monnaie
Comment organiser les échanges dans un monde sans monnaie ? Les tablettes de Babylone attestent que, durant deux millénaires, un autre système a bien fonctionné. La grande rupture intervient au VIIe siècle avant J.-C. Dans le royaume de Lydie, en Asie Mineure, la première pièce de monnaie apparaît afin de préserver l’intégrité d’un territoire menacé. Sous l’impulsion de rois comme Crésus, le monnayage se propage dans les cités grecques, qui trouvent là le moyen de lever des armées et de développer le commerce, en extrayant l’or et l’argent de mines gigantesques. La monnaie d'Athènes, la drachme, s’impose, devenant le dollar de l’Antiquité, et transforme la mer Égée en vaste zone de libre-échange. Ironie du sort, la guerre, encore elle, finit par épuiser les réserves. Athènes capitule devant Sparte, qui, contrairement à ses voisines, ne frappe aucune monnaie. La fin de ce concept révolutionnaire ?
L’ère des empires
À partir du IVe siècle avant J.-C., de grands prédateurs vont faire de la monnaie le carburant de leur expansion : les empires. Cette nouvelle ère commence avec l’aventure d’un homme, Alexandre le Grand, qui pille l’immense trésor des Perses. Ses héritiers, notamment les Ptolémée, à Alexandrie, transforment l’outil monétaire à leur profit : ils la produisent massivement et la diffusent dans toute la société. La monnaie, sur laquelle est pour la première fois figuré le visage du souverain, devient aussi un puissant outil de propagande. Plus tard, l’Empire romain, qui manque de mines sur son territoire, instaure un implacable système de pillage et de prédation, s’emparant d’immenses quantités d’or et d’argent – notamment en Gaule et dans le bassin méditerranéen – pour financer ses conquêtes. Plus tard, Charlemagne s’inscrira dans une logique similaire : avec les mines de Mêle, en Charente, il produira des millions de pièces de monnaie, ravageant pour cela des forêts entières...
La voie chinoise
En Chine, tout commence dans les tombes de hauts personnages, il y a environ cinq mille ans : on y dépose des cauris – des petits coquillages – que l’on retrouve aujourd’hui par milliers. Ce sont les ancêtres de la monnaie chinoise, qui fait son apparition au VIIe siècle avant J.-C. La différence avec l’Occident ? Ce n’est ni de l’or ni de l’argent, mais du bronze, un métal peu onéreux et que l’on peut produire en très grande quantité. Conséquence : la monnaie est abondante, ce qui favorise la prospérité de l’économie. En quelques centaines d'années, du premier empereur, qui impose en 221 avant J.-C. une pièce unique à tout le pays, à la dynastie des Tang, sous laquelle la monnaie pénètre toute la société, la Chine connaît véritable une révolution monétaire. Jusqu’en 1024, quand le premier billet est officiellement mis en circulation, six cents ans avant l'Occident.
Et l’argent devient virtuel
Comment l’Europe et l’Amérique sont-elles parvenues à une monnaie papier ? En 1688, en Angleterre, le Bill of Rights offre un statut juridique à la nouvelle banque d'Angleterre, lui donnant le privilège d'émettre des billets garantis par ses réserves d'or et d'argent. En France, la Révolution accouche des assignats, un papier monnaie gagé sur les biens de l’église nationalisés. Mais elle est utilisée pour financer la guerre, provoque une hyperinflation et perd toute valeur en quelques années. Après la Première Guerre mondiale, l'Allemagne, exsangue doit payer de lourdes réparations aux vainqueurs. La solution : la planche à billet, qui provoque la pire hyperinflation de l’histoire européenne. Et finalement, l’invention d’une nouvelle monnaie, le premier billet libéré de toute référence à l’or et à l’argent, qui résout, comme par magie, la situation. La dernière grande bascule intervient aux États-Unis, à partir de 1934, quand le système de l’étalon-or, garant de la rareté de la monnaie et associé à la prospérité américaine, est abandonné…