Ce soir à 20h55, Arte proposera trois documentaires inédits consacrés à l’Ukraine.
UKRAINE : SUR LES TRACES DES BOURREAUX
Lorsque les forces russes se retirent du nord de l’Ukraine et de la région de Kiev, un peu plus d'un mois après l'agression du 24 février 2022, le monde découvre avec effroi l’ampleur des massacres et exactions perpétrés notamment contre la population civile. Charniers, tortures, viols, quartiers d'habitations anéantis par l’artillerie et les bombes… : le sombre tableau d’une guerre au cœur de l’Europe. Alors que les combats font toujours rage, les premières enquêtes démarrent pour recueillir les preuves de ces crimes et tenter d’en identifier les auteurs.
Dans les territoires libérés par l’armée ukrainienne, la police, les ONG internationales, mais aussi de simples civils se mobilisent pour collecter et sauvegarder tout ce que les occupants ont laissé derrière eux. À Boutcha, mais aussi à Izioum et dans la région de Kharkiv, ces zones du sud-est du pays occupées de longs mois par les forces russes, Ksenia Bolchakova et Manon Loizeau recueillent témoignages et indices pour faire apparaître une part du schéma général qui a donné lieu à ces innombrables violations du droit international. Elles s'entretiennent avec des victimes de torture et de détention arbitraire, mais aussi de déportations d’adultes et d’enfants, organisées par le régime russe.
UKRAINE : LES ENFANTS VOLES
À Kherson, dans le sud-est de l’Ukraine, Victoria Novikova, enquêtrice des droits de l’homme en gilet pare-balles, suit méthodiquement la piste de quarante-six petits pensionnaires d’un foyer d’accueil, tous âgés de moins de 5 ans, enlevés le 21 octobre 2022 par les forces russes dans la ville alors occupée.
Après l’invasion du pays par Moscou, des milliers d’enfants et d’adolescents ont ainsi été kidnappés puis déportés en territoire russe, et notamment en Crimée : un crime de guerre pour lequel Vladimir Poutine et sa commissaire aux droits de l'enfant, Maria Lvova-Belova, sont aujourd’hui visés par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (voir le documentaire La justice après la guerre, diffusé également par ARTE).
Alors qu’il avait été mis à l’abri, comme ses camarades du foyer, dans une église de Kherson lors des combats, Viktor, 2 ans, a été emmené avec eux. Il était dans l’attente d’une opération. Dévastée, sa mère se bat pour le retrouver, comme la grand-mère de Nastya, 4 ans, disparue à Marioupol après un bombardement.
Déporté de force lui aussi, Bohdan, 17 ans, risque d’être incorporé dans l’armée russe, et son avocate tente par tous les moyens de le rapatrier avant sa majorité. Face aux familles plongées dans un cauchemar sans fin, Moscou prétend avoir sauvé ces enfants, notamment d’un trafic européen d’organes.
Mais des vidéos abondamment diffusées par les autorités russes à des fins de propagande documentent les faits par un effet boomerang, constituant des outils utiles pour la recherche des jeunes victimes. Alors que la guerre se poursuit, les négociations pour obtenir leur retour se révèlent cependant d’une âpre complexité.
LA JUSTICE APRES LA GUERRE : AU CŒUR DE LA CPI
Le 24 février 2022, la Russie envahit l'Ukraine. À peine plus de trois semaines plus tard, le 17 mars, la Cour pénale internationale (CPI) émet un mandat d'arrêt à l'encontre de Vladimir Poutine et de Maria Lvova-Belova, la commissaire russe aux droits de l'enfant, pour déportation d'enfants et autres crimes associés à ces faits avérés. Mais Karim Khan, l'actuel procureur en chef de la CPI, ne peut poursuivre le président russe pour le premier des crimes perpétrés par son armée en Ukraine : une guerre d'agression sauvage et meurtrière. En effet, une modification de la loi adoptée en 2017 exige… l'accord de l'attaquant, en l'occurrence de Moscou, pour que la cour puisse agir en la matière.
Alors que la Russie, pas plus que les États-Unis et la Chine, n'a aucune intention d'adhérer au traité de Rome qui a donné naissance en 1998, il y a vingt-cinq ans, à la CPI, cela n'accrédite-t-il pas l'idée d'une justice internationale à deux vitesses, dont les plus forts s’exonèrent sans difficultés ? Moins de deux ans plus tard, après les attaques perpétrées le 7 octobre 2023 par le Hamas contre des civils israéliens, le gouvernement de Benyamin Netanyahou déchaîne contre Gaza l'offensive la plus vaste et la plus meurtrière en vies humaines (des civils dans leur immense majorité) jamais déclenchée par l'État hébreu contre ce territoire surpeuplé. Karim Khan annonce qu'il poursuivra les violations des droits humains perpétrées par tous les belligérants. Mais en a-t-il le pouvoir ?