Le mardi 11 novembre 2018 à 20h50, Arte diffusera le documentaire inédit : L'irrésistible ascension d'Amazon.
Innovation, monopole, exploitation : jusqu’où ira Amazon, plate-forme tentaculaire de vente en ligne ? Au travers de la croissance exponentielle de ce géant, un décryptage de l’économie opaque d’Internet.
Géant devenu incontrôlable du commerce en ligne, Amazon a transformé en moins d’un quart de siècle la société. Fondée à l’aube de l’explosion des affaires sur Internet par Jeff Bezos, – lui-même grandi dans l’ombre de David Elliott Shaw, un génie de la finance et de l’informatique –, l’entreprise commence modestement dans un pavillon des faubourgs de Seattle : l’aube d’un rêve américain.
Car la petite plate-forme de vente en ligne ne tarde pas à être capitalisée par des investisseurs auxquels le très pressé Jeff Bezos, obsédé par la croissance, fait miroiter de juteux profits. Jaloux de sa situation prédominante, Amazon prétend aussi émanciper l’individu, quitte à rompre avec les relations sociales traditionnelles – et à exploiter ses employés sans visage, précaires et sous-payés (dont le salaire horaire vient cependant d'être revalorisé).
Un modèle ultralibéral bien loin du projet des précurseurs de la Silicon Valley. Collectant et analysant au passage de précieuses données individuelles, le monstre tentaculaire, omniprésent dans les foyers, ambitionne en outre, via son pôle Amazon Web Services, de s’imposer en fournisseur de services, y compris publics, des renseignements aux prestations santé.
Pratiquant une optimisation fiscale féroce, cet acteur majeur de l’approvisionnement et de l’intelligence artificielle refuse aussi de financer des infrastructures, notamment routières, qu’il utilise pourtant abondamment. Amazon excelle enfin à contourner les lois antitrust, même si son essor international est aujourd’hui freiné par la règlementation européenne et, en Asie, par les appétits de son rival Alibaba. Mais Jeff Bezos a déjà d’autres perspectives : coloniser l’espace avec son projet Blue Origin.
Filant la métaphore avec Le joueur de flûte de Hamelin, ce documentaire éclairant retrace la fulgurante ascension d’Amazon, pur produit de l’idéologie libérale, et montre combien Internet a été bâti sur une vision américaine et capitaliste du monde. Émaillée d’analyses d’experts, dont le très pertinent journaliste américain Noam Cohen ou la commissaire européenne à la Concurrence Margrethe Vestager, une plongée glaçante dans les méandres opaques de la société numérique, qui alerte sur l’urgence d’instaurer des instances de contrôle.
22H30 – Quand les multinationales attaquent les États
À travers trois affaires significatives, un décryptage édifiant du pouvoir des tribunaux d’arbitrage internationaux, qui menacent de faire prévaloir les profits des multinationales sur l’intérêt général.
À l’automne 2016, des millions d’Européens descendent dans la rue pour protester contre le Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada. Son rejet par la Wallonie, par la voix de son ministre-président Paul Magnette, plonge alors l’UE dans une grave crise et place les tribunaux d’arbitrage sous le feu des projecteurs – et des critiques.
Ce dispositif, prévu dans le cadre de nombreux accords commerciaux internationaux, permet à des multinationales d’attaquer les États devant des juges privés – des avocats d’affaires –, afin de réclamer la compensation d’un manque à gagner réel ou potentiel induit par un changement de législation.
En 2016, Cosigo Resources Ltd. a ainsi déposé une demande d’arbitrage contre la Colombie : en classant "parc naturel national" un territoire amazonien sacré, Bogotá a annulé la concession minière de la compagnie canadienne, laquelle estime son préjudice à 16 milliards de dollars, soit environ 20 % du budget national colombien…
"L’arbitrage est un système profondément défaillant. Il n’est pas juste, pas indépendant, et il est loin d’être équilibré", assène le professeur de droit canadien Gus Van Harten. De la Colombie à l’Allemagne en passant par le Pérou, aux prises avec la multinationale Renco, dont la fonderie de plomb de La Oroya (la "Tchernobyl des Andes") crache des fumées toxiques qui empoisonnent les enfants, Laure Delesalle (La dette, une spirale infernale ?) a enquêté dans les arcanes de cette justice opaque, au pouvoir démesuré. Créé par les États, dans l’objectif d’attirer des investisseurs, ce système fragilise leur capacité à légiférer sur l’environnement, la santé, les conditions de travail, le tout au détriment des citoyens, qui seront en outre amenés à payer l’addition.